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Lapin perso à Bear Mountain

par JP Leclerc 6 Juillet 2011, 13:28 Trail Running

The-North-Face-Endurance-Challenge-2010-sq.jpg

 

 

Étant inscris depuis la fin de l’hiver au Ultimate XC de Tremblant, une course de malade, une vraie folie de 58km en forêt, je me devais de bien me préparer afin de passer avec succès cette épreuve, en plus que j’avais le désir de bien performer. La route c’est la route, mais la trail c’est autre chose. D’accord, ma base de course sur route me confère un avantage, mais tu dois absolument faire du sentier pour courser sur trail et notamment quand c’est un ultramarathon (plus de 42.2km) et surtout un parcours hardcore comme celui du Mont Tremblant. C’est pourquoi que lors du week-end du marathon de Boston, quand David Le Porho m’a proposé de le Pacer  ou comme on appelle, faire son lapin lors de son prochain évènement de taille; The North Face Challenge 50 miles (80km) à Bear Mountains, New York, j’ai accepté sur le champ…sans trop réfléchir, me disant que c’était une belle aventure et aussi une super opportunité d’entrainement. Réfléchir au fait que David est un athlète incroyable et multidisciplinaire, il est un marathonien sous les 2h30, qu’il a de nombreuses courses en forêt de toutes les distances sous la ceinture et est même champion Québécois et…mondial…de course en raquette!! (Voir ici) Après mûres réflexion, une lourde tâche m’attendait.

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Tout d’abord un pacer, pace-setter, bunny ou lapin est un coureur qui est dans une course pour dicter le rythme, il n’est pas là pour gagner, souvent il ne finira même pas la course. À l’origine employé dans les courses de courtes distances sur piste, ces bunny commencent la course en même temps que les autres, et doivent courir à une vitesse prédéterminée afin de diriger son (ou ses) coureur vers une vitesse X. Tout cela afin d’éviter de partir trop vite ou bien sur, trop lentement. Après une certaine distance, le pacer lâche la course et laisse place à son coureur qui lui terminera l’épreuve. Du même genre que dans les courses de chiens, où un petit lapin mécanique sur rail avance et crinke les chiens à courir à fond la caisse. Quelques fois, utilisé lors de marathons, il est aussi répandu dans les ultramarathons, mais il devient aussi très importants psychologiquement. Dans les ultras, le lapin entre souvent sur le parcours durant une section de la course, fréquemment pour la fin. Il sert encore une fois à dicter le rythme, mais aussi et surtout aider, motiver, parler à son coureur qui à déjà au moment de la rencontre, des heures et des heures de course. C’est extrêmement motivant d’avoir ce soutient lors de tels évènements.

Donc, moi, je me devais d’attendre David au point de ravitaillement de Camp Lanowa à environ 44km et finir la course avec lui, soit sur une distance de 36km. Le plan de match était le suivant; attendre au point de rdvz, noter tous les coureurs en tête de course ainsi que le temps qui les séparait de David, lors de son passage le joindre, lui parler et le booster, faire un rapport de la tête de course, prendre connaissance de son état, courir devant lui afin qu’il n’ait qu’à suivre mes pas sans ce soucier du terrain et des directions jusqu’à la fin et de lui préparer ce qu’il voulait dans les différents aid station (Ravitaillement). Facile hein !

NOT…

 

Super belle journée en perspective en ce samedi matin du 7 mai, l’annonce d’orage et de pluie étant maintenant devenue une journée sans nuage. Eux, les malades, leur départ était à 5h am, à la lampe frontale. Selon les calculs, comme je n’embarquais seulement que vers 9h, je devais me rendre à son point de ravito qui me servait de point de rencontre. Mathieu et Claire, qui eux faisaient le marathon, sont alors venu me porter dans le cul de la terre, fin fond de rang de chemin de terre du c@li$$! David lui cours. Moment assez stressant car ce n’était vraiment pas évident comme indications et que eux roulais en sens inverse de leur lieu de départ ! Bref, nous avons trouvé (par chance p-e !) j’y étais super tôt, tellement que la station d’aide n’était même pas montée ! J’ai donc aidé les organisateurs à monter la table, préparer les bidons de Gatoraid, couper des fruits, faire des bols de M&M, de gels et autres nourritures et boissons pour les coureurs. David est toujours en pleine action. Suivis une attente…longue attente, un peu nerveux de ce qui s’en venais, grelottant dans la fraicheur du matin. Vers 9h15 j’ai commencé mon warm-up, je courais dans le sentier sur environ 200m, allez et retour, question d’être ready dès l’arrivé de David. Voila un coureur ! Ce n’est pas lui. Puis un autre, toujours pas lui. J’entends encore un bruit et 3 coureurs s’amènent, don David, un gros frisson d’adrénaline rush me passe dans le corps, je deviens très énervé et surtout je déborde de fierté de voir arrivé mon ami qui est en tête de course ! Quel performance encore une fois de la part de David, il accroche ces solides américains.

 

David : Hey vraiment content de te voir mec !

JP : Merde David, ca va bien mon gars ! Tu es top 5 à environ 4mins des 2 premiers ! LET’S GO !

 

 

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Je m’empresse de le dirigé vers son sac de transition où il y a, au préalable, mis des trucs perso, et lui demande ce qu’il veut comme nourriture.

David : Des patates, des patates. D’une voix très douce.

Je lui prépare donc les fameuses petites patates grelots cuites enduites de sel, aliment très utilisé lors d’évènement de la sorte. C’est parti !

Après seulement une mini pause de 2 minutes, afin de rester sur les talons des deux autres coureurs, on défile dans le sentier assez roulant pour quelques kilos. Le pace est assez rapide pour des gars qui on environs 44km dans le corps ! Je prends le pouls de mon coureur ; 

JP : Comment ca va ??

David : Pas trop bien…(encore avec une petite voix)

JP : Ok, tu as un méchant bout de fait, tu es on pace mon ami !

David : J’ai mal au ventre, j’ai de la difficulté à m’alimenter.

 JP : Aller tiens le coup mon vieux !

 

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La course continue, moi devant, sur les talons des deux trail runner de l’élite Américaine. Clairement deux puristes de la discipline, ne portant AUCUN extra matériel, pas de gros camelback, de lunettes de soleil, bas de compression, RIEN ! Simple casquette de cotons, shoes bien simples, petit t-shirt et une petite ceinture avec une gourde. On ne peu ce fier à leur apparence, mais en réalité, ils sont tous deux bien connu du milieu et certainement à redouter dans les sentiers. Pas un mot depuis mon arrivé dans le groupe, ils ne doivent pas triper qu’un lapin soit là pour David, comme le tout est d’une grande aide pour ce dernier. En plus, ils ne comprennent pas ce que c’est deux français peuvent bien se dire !?? Avantage pour nous ! La cadence est intense, même si je n’ai pas 50km dans les cannes, et mon manque d’expérience ne m’aide surtout pas. Je guide David pas à pas, et moi dirigé par les deux gars. Je n’ai qu’à regarder les pieds et choisir la bonne ligne. Nous devons les tenir, sinon ils fileront et ce sera fini. Pour les heures suivantes, les discussions entre nous 2 sont absentes, je le laisse dans sa zone, le moins de perte d’énergie possible. En fait, j’ai aussi besoin de me concentrer afin de suivre le rythme. Ma montre sonne au 15mins, David une petite gorgée ! Comme  une petite maman ! hahah Pour qu’il n’oublie pas de s’hydrater. Je lui donne souvent la distance parcourue et restante, les distances nous séparant des aid station. À chaque point d’aide, je sais d’avance ce que David The Boss Le Porho veut comme boisson et aliments. Je lui prépare le tout rapidement et boom on repart ! C’est un super feeling de ce faire accueillir par les bénévoles, surtout quand tu es en tête de course. Je leur dis immédiatement que je suis seulement un pacer, je ne mérite pas d’applaudissements. Au niveau du parcours, du moins pour la section que j’ai complété, c’est magnifique et plutôt diversifié. On passe de vastes vallées ouvertes à des sentiers étroits, des champs de roches à traverse de rivière, de parties roulantes aux abruptes montées. J’ai vu des paysages incroyables, j’aurais bien aimé pouvoir exprimer le tout, mais à la vitesse que nous roulions, et pour ne pas déconcentrer mon runner, je ferme ma trappe et enjoy the moment  dans ma tête! David, malgré sa fatigue extrême, ce permets même de l’humour. Durant l’ascension d’un mur, les quatre nous optons pour marcher au lieu de courir tellement le dénivelé est raide, David blêmette me dis alors :

Tu vois c’est pas dur d’être un élite, on marche !

JP : hahhahaha (ca me montrais qu’il était encore un tentinet en shape !)

 

Le gros de la course c’est joué à la station d’aide Anthony Wayne situé à environ 64.5km. David m’avait averti qu’il irait ce satisfaire au prochain point, ce qu’il fit en moins de 3 minutes. Une fois cette mini pause de la nature terminée…s’en étais fais des 2 gars ! Ils ne ce sont à peu prêt pas stoppé à la table de ravito, voyant David entrer dans la toilette chimique, ils ont déguerpie dans les bois. À ca sortie, nous sommes repartis à leur poursuite. David était un peu blême (avec raison !!!) et moi aussi je ressentais l’effort. Mais bon, David ce doit de finir car il est très très bien classé et moi je dois remplir ma tâche et l’emmener à bon port. Le hic est que j'avais perdu mes guides, donc en plus de regarder par terre pour éviter tous les nombreux obstacles, je me devais de suivre les petits rubans de couleur accrochés aux arbres qui nous servent d'indication. Si je me trompe de sentier, on perds du temps et surtout David n'a certainement pas envie de faire 1km de plus! La pression monte pour le petit lapino. Soudainement, lors d’un passage dans un champ de roches, les mollets m’ont barré net sec ! Plus capable d’avancer, je me tiens aux arbres environnent. Des crampes intenses me figent au sol, pas une seconde à perdre, je dis à David de continuer. Déshydratation, fatigue musculaire mixé d’une section de terrain hyper accidentée ont eu raison de mes pauvres mollets. Je reprends sur moi, respire profondément et soudainement, aussi rapidement qu’elles sont venues, les crampes s’apaisent. Petit sprint dans le sentier et je reviens en tête de David. Fiouf, j’ai eu la frousse de ne pas être en mesure de compléter ma tâche, quel honte ca aurait été ! Le temps passe et ca sent la fin, nous avons décidés d’assurer la 5ieme place à David, de tenir un pace un brin plus lent mais constant jusqu’au finish. Que personne ne nous rattrape est le mot d’ordre, et FOCUS, pour éviter les chutes.

On entend au loin la foule et l’animateur…dans ma tête je suis sur un gros rush, c’est fou, c’est le fun, c’était un parcours MALADE, David est un psycho et FIOU c’est enfin fini ! On termine très fort  côtes à côtes, le final est vraiment glorious, mais je ralentis quelques mètres avant de franchir l’arche, laissant à David son moment de gloire. Voilà c’est fait, j’ai réussi ma mission !!!

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L’atmosphère est à la fête dans une ambiance peace de trail runner. Une journée magnifique au soleil, assis sur l’herbe. On mange, on rit, on se rappelle déjà l’aventure, on fait la super rencontre de plusieurs Québécois hyper sympa (ALLO FRED HOUDE !)…et on boit de la bière…pas mal de bières même ! hahah Pour le reste de la journée, nous attendons tous les autres amis qui finiront leur défis respectifs. (et on bois !)

 

David est une vraie beast d’avoir soutenu une telle cadence durant aussi longtemps. Son premier 50 miles fut un succès même si il à manqué de moins de 3 minutes son but de passer le tout sous le temps fabuleux des 8h. Il se place donc 5ieme au général, ce qui est complètement malade, je suis extrêmement fière de lui. Content qu’il m'est offert une telle opportunité, content d’avoir vécu ce moment avec lui, d’avoir vécu une course de trail dans les yeux d’un élite, mais aussi…quel bon entrainement pour moi !

On verra si le tout va payer au XC de Tremblant en juin…

 

À suivre…

 

Félicitations au reste des fous :

50 miles : Laurent Jugant, Patrice Godin et Rachelle Paquette

42,2km : Mathieu Girard et Claire Doulé

 

Distance: David Le Porho : 50 miles (80.5km), trails - Moi 36km comme lapin

Lieu: Bear Mountain, NY, Usa

Temps final: David LePorho: 8:02:53, moi: 3:36:54

Rang total: 5/197

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commentaires

Charley 07/07/2011 01:57


Nice, c'est vraiment intense.


James 06/07/2011 23:48


J'adore lire tes compte-rendus mon Jeen!
Merci!


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